Corrigé - La Colonie, Marivaux

Par GUILLAUME MILET, publié le dimanche 25 avril 2021 15:55 - Mis à jour le jeudi 29 avril 2021 15:36

La Colonie, de Marivaux - Corrigé des questions semaine 2

III.  Une unité fragile (scènes 9 à 12)

1) Selon Arthénice, dans quels rôles ou domaines les hommes enferment-ils les femmes ? (scène 9)

Selon Arthénice, les hommes enferment les femmes dans un rôle de ménagère ou de séductrice et leur refusent la capacité à penser. En effet, ils leur affirment dès leur plus jeune âge qu’elles ne sont « capables de rien » et qu’elles ne doivent « se mêle[r] de rien » (p. 11), sauf des tâches domestiques (« filer », « la quenouille », « tracas d’un ménage » (p. 13)) et de leur plaire : « leur inspirer d’agréables passions », « régner dans la bagatelle » (p. 13).

2) Pour quelle raison précise les autres femmes, après avoir soutenu le projet d’Artenice et de Mme Sorbin, finissent-elles par leur tourner le dos ? Penses-tu que cette raison soit valable ? (scène 9 et 10)

C’est au cours de la scène 9 que l’unité des femmes se brise, lorsque Mme Sorbin propose aux autres femmes de s’enlaidir pour se venger des hommes qui sans cesse chantent leurs qualités mais refusent de leur reconnaître des droits. Cela lui semble contradictoire, illogique. Elle refuse aussi d’être réduite à la fonction de plaire, d’être aimable, à un corps plutôt qu’à un esprit. Or les autres femmes rejettent sa proposition par coquetterie et par crainte de la réaction de leur amant : elles ne sont pas prêtes à sacrifier leur beauté à la cause politique.

Cette raison de se diviser peut paraître bien légère et frivole (= qui ne repose sur aucun argument solide ou sérieux) comparé à l’importance de leur combat. Marivaux caricature les femmes, superficielles et bavardes. En effet, leur dispute est ridicule et doit provoquer le rire des spectateurs.

3) Pourquoi Persinet se meurt-il ? Comment Lina lui rend-elle la vie ? (scène 11)

Lorsque Persinet dit qu’il se meurt, il utilise une hyperbole pour insister sur l’immense souffrance que provoque sa séparation forcée avec Lina. C’est parce qu’il est loin de sa belle que cet amoureux transi ne peut survivre. Lina lui rend la vie en lui adressant des regards plein d’amour, comme le souligne la métaphore de la guérison : « Elle le regarde. [...] Le bon remède ! Je sens qu’il me rend la vie » (p. 18).

4) A l'aide de quelles figures de style Persinet présente-t-il le projet des femmes comme un grave danger ? (scène 12)

Pour présenter le projet des femmes comme un grave danger, Persinet utilise différentes figures d’insistance qui grossissent et exagèrent les choses. Il utilise par exemple une énumération pour donner l’impression d’un raz-de-marée qui va s’abattre sur la société : « c’est une émeute, une ligue, un tintamarre, un charivari » (p. 19) ; mais aussi des hyperboles comme la déclaration catastrophiste suivante : « le monde va périr » (p. 19).

***

IV. Un rêve d'égalité doublement brisé (scènes 13 à 18)

1) Selon Arthénice, quelle est la source de l'imperfection des lois ? Explique bien ta réponse en citant le texte (scène 13)

Selon Arthénice, les lois sont imparfaites parce quelles ont été créées par les hommes seuls alors qu’elles concernent à la fois les hommes et les femmes : « notre esprit manque [...] dans l’institution des lois » (p. 21). Pour être parfaites, les lois devraient ainsi être élaborées par les deux « moitié[s] de l’esprit humain » (p. 21), être le fruit du « mariage » (p. 21) entre les pensées des hommes et celles des femmes.

2) Quelles figures de style Madame Sorbin utilise-t-elle pour bien marquer l'égalité entre hommes et femmes ? Cite un exemple pour chaque figure repérée. (scène 14)

Mme Sorbin utilise surtout des parallélismes pour insister sur l’égalité entre les hommes et les femmes, cette figure de style servant à les mettre sur un même niveau. On en trouve de nombreux exemples : « je lui dois, mais il me doit [...], quand il me paiera, je le paierai » (p. 22) ou « vous êtes l’élu des hommes, et moi l’élue des femmes ; vous êtes mon mari, je suis votre femme ; vous êtes le maître, et moi la maîtresse » (p. 23).

Elle utilise aussi une métaphore qui décrit le monde comme une ferme dont les Dieux sont les seigneurs et l’humanité les fermiers. Or les hommes ont confisqué la part de la ferme qui revenait aux femmes et les ont mises à leur service : elles veulent que dans la ferme, homme et femme soient « maîtres et valets en commun », autrement dit égaux.

3) Comment Hermocrate s'y prend-il pour monter Arthénice et Mme Sorbin l'une contre l'autre ? (scène 17)

Hermocrate utilise la flatterie pour monter Arthénice et Mme Sorbin l’une contre l’autre et joue sur leur opposition de classe sociale. Ainsi, il fait l’éloge de la noblesse d’Arthénice : « si toutes les femmes [...] ressemblaient à la noble Arthénice. Sa raison, sa politesse, ses grâces » (p. 26) et l’oppose à la « petitesse de [la] condition » (p. 26) de Mme Sorbin.

Humiliée, Mme Sorbin veut aussitôt supprimer la noblesse et ses privilèges : « c’est la gentilhommerie, je la casse pour ôter les petites conditions » (p. 26). Hermocrate l’approuve, contre l’avis d’Arthénice qui tient à marquer sa différence avec le peuple : « je suis née avec un avantage que je garderai, s’il vous plaît, Madame l’Artisane » (p. 27).

4) Quel stratagème inventent les hommes, à la fin de la pièce, pour forcer les femmes à reprendre leur place ? (scènes 16 et 18)

Les hommes font croire aux femmes que la guerre avec les sauvages de l’île est sur le point d’éclater. Ils parient sur le fait qu’elles abandonneront le pouvoir à ceux qui représentent la force et sont leurs défenseurs traditionnels, les hommes : « comme nous avons la guerre avec les sauvages [...], revenez [...] nous dire [...] qu'ils viennent nous attaquer, rien que cela. Vous pouvez aussi amener avec vous quelques hommes qui porteront des armes, que vous leur présenterez pour le combat » (p. 26).

Ils choisissent de changer le terrain du conflit avec les femmes : craignant d’être battus sur le terrain des idées, ils déplacent l’affrontement sur le terrain physique où ils savent que les femmes ne seront pas à l’aise. C’est ce que confirme la réplique finale de Mme Sorbin : « va te battre, je vais à notre ménage » (p. 28).