Corrigé - La Colonie, Marivaux

Par GUILLAUME MILET, publié le dimanche 25 avril 2021 15:55 - Mis à jour le jeudi 29 avril 2021 15:36

La Colonie, de Marivaux - Corrigé des questions semaine 1

I. L'exposition : un projet révolutionnaire ou risible ? (scènes 1-3)

1) Pourquoi les personnages ont-ils abordé dans une île ?

Les personnages ont abordé dans une île car ils ont été obligés de fuir leur cité après une défaite militaire : « nous avons été obligés [...] de quitter notre patrie pour éviter la mort ou pour fuir l’esclavage de l’ennemi qui nous a vaincus » (scène 1).

2) L'arrivée dans l'île est l'occasion d'un nouveau départ : quel est le projet de Mme Sorbin et d'Arthénice ? Quelles sont leurs revendications ?

Mme Sorbin et Arthénice ont pour projet de créer une cité plus égalitaire et plus juste. Ainsi, elles revendiquent le droit pour les femmes de participer à la vie politique au même titre que les hommes, c’est-à-dire le droit de prendre des décisions politiques et d’élaborer des lois. Elles veulent elles-aussi être des citoyennes (un statut exclusivement masculin à l’époque) et ne plus être condamnées aux travaux domestiques, à se taire, à plaire et à obéir à leur mari.

3) Comment ce projet et ces revendications sont-elles jugées par Timagène et par M. Sorbin ? Pourquoi ?

Ces revendications ne sont pas prises au sérieux par les hommes, qui considèrent le projet des femmes comme une plaisanterie dont ils se moquent : « MONSIEUR SORBIN, riant. Ah bien, tant mieux, faites, amusez-vous, jouez une farce ; mais gardez-nous votre drôlerie pour une autre fois, cela est trop bouffon pour le temps qui court. » (scène 2). De nombreuses didascalies soulignent leur amusement : « TIMAGENE, riant. Hé hé hé hé... » (scène 2).

Ils réagissent ainsi parce qu’au XVIIIe siècle, les femmes et les hommes ne sont pas égaux. Le pouvoir politique (et plus largement toutes les fonctions importantes dans la vie publique) est réservé aux hommes, qui sont les maîtres dans la société comme dans leur foyer : la femme est légalement inférieure à l’homme et n’est pas autonome, mais placée sous la dépendance de son père ou de son mari.

***

II. La mise en oeuvre du projet (scènes 4-8)

1) Relis la dernière réplique de Persinet, scène 4 : de quelle "maudite guerre" se désole-t-il ?

Persinet se désole de la guerre que les femmes ont déclarée aux hommes, puisqu’elle lui interdit de côtoyer sa bien-aimée Lina : « les circonstances présentes nous obligent de rompre avec toute son espèce ».

2) Au nom de quelles valeurs républicaines les femmes veulent-elles supprimer le mariage (scène 5)

C’est d’abord au nom de la liberté que les femmes veulent supprimer le mariage, puisque selon elles, il rend la femme esclave de son mari. Arthénice le décrit en effet comme une « pure servitude » dans laquelle les femmes sont « soumises à leurs maris ». C’est aussi au nom de l’égalité que les femmes veulent supprimer le mariage, afin que mari et femme aient les mêmes droits au sein du couple : « avoir autant d’autorité que son mari dans son petit ménage ».

3) Au nom de quelle valeur Lina s'oppose-t-elle à sa mère ? Par quels mots s'exprime l'indignation de Mme Sorbin ? (scène 5)

Lina s’oppose à sa mère au nom de l’amour qu’elle porte à Persinet. Elle explique que la soumission légale qu’impose le mariage « n’empêche pas l’amour ». De plus, elle ajoute que deux vrais amoureux sont comme deux égaux : « Persinet et moi, nous voudrons toujours la même chose ; nous en sommes convenus entre nous » .

L’indignation de Mme Sorbin s’exprime par une insulte (« petite âme de servante ») et par un juron (« jour de Dieu »). Sa colère et son dépit sont renforcés par la répétition du mot « soumise » et par l’hyperbole qui sert à désigner le propos de Lina : « cette horreur-là ».

4) Relis les serments prononcés par Artenice et par Mme Sorbin, scène 6. Pourquoi s'opposent-ils ? Qu'est-ce qu'ils confirment sur la condition sociale et la personnalité des deux femmes ?

Ces deux serments défendent les droits des femmes, mais s’opposent sur leur forme et leur style. Arthénice, noble, délicate et éduquée, utilise un langage soutenu et des formules très solennelles : « j’en jure [...] par mon inexorable fierté de cœur ». Mme Sorbin, femme du peuple, se montre plus brutale et directe : « J’en jure par le plus gros juron que je sache ». Mme Sorbin est plus vindicative (animée par un désir de vengeance ; hargneuse) et véhémente (fougueuse, violente).

5) Pourquoi peut-on trouver les scènes 7 et 8 comiques ?

On peut trouver les scènes 7 et 8 comiques car les femmes ont décidé de rompre totalement avec les hommes et font aussitôt appel à l’un d’entre eux pour les assister dans une tâche physique difficile : porter des bancs. Cette attitude n’est pas cohérente. Par ailleurs, la galanterie de Persinet souligne l’infériorité prêtée aux femmes : « n’y touchez pas, vos petites mains sont trop délicates ».