Corrigé 3e

Par GUILLAUME MILET, publié le dimanche 25 avril 2021 16:05 - Mis à jour le dimanche 2 mai 2021 11:38

III. L'EUROPE :

1) Relis les lignes 8 à 13, p. 170 : quelle figure de style est utilisée ? Quel effet l'auteur cherche-t-il à créer sur le lecteur grâce à cette figure de style ?

Nous pouvons identifier dans les lignes 8 à 13 une personnification : la mer est en effet identifiée à un chef menaçant et monstrueux (« sourire narquois [...] dents baveuses d’écume » l. 9) qui envoie ses troupes à l’assaut du navire (« son armée de soldats innombrables » l. 10-11). Cette image cherche à exprimer la violence de la tempête mais suggère aussi que les éléments naturels, doués d’une volonté propre, sont contre Saad Saad, comme si le destin s’opposait à sa réussite (rappel de Poséidon cherchant à noyer Ulysse ?).

2) Recherche qui est Nausicaa dans l'Odyssée. Quel personnage apparaît comme le double de Nausicaa ? Pourquoi ?

Nausicaa est une princesse qui recueille Ulysse sur la plage après qu’il a fait naufrage ; elle tombe amoureuse d’Ulysse et souhaite l’épouser. Vittoria apparaît comme le double de Nausicaa car elle recueille Saad Saad, en tombe amoureuse et, comme dans l’Odyssée, se fait abandonner par celui qu’elle a baptisé Ulysse parce qu’il est encore épris de son ancienne bien-aimée (Pénélope / Leila).

3) Que penses-tu des discours de Léopold ? Cite quelques passages précis pour construire ta réponse.

Léopold a des idées bien tranchées et souligne les contradictions et les paradoxes des Européens.

Ainsi, il considère que les Européens « aiment la guerre » (l. 167, p. 195) et s’amusent à tuer et à massacrer pour se divertir, se donner des émotions fortes : « ils font les guerres pour se sauver de l’emmerdement » (l. 170, p. 195).

Il ajoute qu’ils n’ont pas conscience d’être tels qu’il les décrit grâce aux intellectuels qui, par leur discours, les font passer pour autres, c’est-à-dire « pacifistes, humanistes » (l. 192, p. 196) : « Grâce à leurs intellectuels, les Européens peuvent vivre à l’aise dans un monde double : ils parlent de paix et ils font la guerre, ils créent de la rationalité et tuent à tour de bras » (l. 194-196, p. 196). Léopold dénonce une opposition entre les grands discours, au Parlement européen ou à l’ONU par exemple, et les actes, sur le terrain.

Enfin, il décrit les Européens comme un peuple égoïste et hypocrite, qui après avoir colonisé de nombreuses parties du globe terrestre, refuse d’accueillir des immigrés dans ses propres frontières : « ils ont colonisé un peu partout, et maintenant, ils s’offusqueraient qu’on vienne chez eux ? » (l. 252-3, p. 198).

à il fallait choisir une ou deux de ces idées et donner ton avis : Léopold a-t-il raison ? Sur toute la ligne ou par certains côtés seulement ? Exagère-t-il ?

4) Pourquoi peut-on dire que ce chapitre 12 invite le lecteur à une réflexion sur ce qui fait l'humanité des individus ? (Deux arguments minimum, illustrés avec des citations).

Transportés clandestinement dans une camionnette, les migrants sont réduits « au rang de bestiaux » (l. 128-9) : ils sont déshumanisés, traités comme des animaux et non comme des êtres humains. Or, dans ces conditions terribles, ils font tout pour conserver leur humanité : « nous mettions notre point d’honneur à nous conduire en hommes, sans nous plaindre [...] je n’ai jamais perçu autant de dignité que dans cette situation humiliante » (l. 181-184, p. 207).

Par opposition, les passeurs qui bafouent les lois, rackettent les migrants, se montrent cruels avec les miséreux et s’enrichissent de la misère, ne se comportent pas avec humanité. Le comportement des douaniers envers les clandestins manque également d’humanité : « ils me dévisagent comme un être inférieur. Dans leurs yeux, j’appartiens à une autre race » (l. 254-55, p. 211).

Saad Saad pose plusieurs questions qui portent à la réflexion sur cette opposition : « je suis bien devenu un sous-homme puisque je détiens moins de droits que les autres ? » (l. 257-8, p. 211) ; « Qui sont les barbares ? Ceux qu’on estime inférieurs ? Ou ceux qui s’estiment supérieurs ? » (l. 293-4, p. 211).

L’officier qui permet à Saad Saad de s’échapper par la fenêtre agit avec humanité : il a de la compassion pour lui, croit en l’égalité et en la liberté, lui donne une chance de réaliser son rêve. Il ne voit pas en lui un animal ou un être inférieur, mais un égal, un homme.

 

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1) Relis les pages 226-228 : comment peux-tu qualifier et expliquer l'attitude de Saad Saad pendant son voyage ?

Saad est émerveillé par la beauté de la France, par ses paysages verdoyants, sa richesse économique, son luxe... Il qualifie son voyage de « merveilleux » (l. 234-235, p. 228) et trouve la France paradisiaque. Ainsi, il se montre très admiratif, voire envieux : « J’aurais voulu m’arrêter dans chacun [des villages], [...] franchir les rideaux pour devenir l’enfant de cette famille » (l. 237(240, p. 228).

2) Relis les lignes 32-40 p. 238. Le vocabulaire employé rappelle parfois la situation des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Relève les mots concernés et explique leur emploi.

Les mots qui pouvaient évoquer la situation des juifs : « les rafles » ; « les descentes chez les particuliers qui abritaient certains d’entre nous » ; « les centres de rétention ».

à Voir votre cours d’histoire pour les explications.

3) Pourquoi le spectacle de danse bouleverse-t-il à un tel point Saad Saad et Leila ?

Saad et Leila sont bouleversés car ils identifient dans les danseurs leurs contraires, comme le souligne l’antithèse entre les deux énumérations : « des êtres splendides, libres, déliés, aériens » (l. 295-6, p. 247) et « nous étions usés, vieux, fatigués, [...] nous avions oublié qu’on pouvait vivre, bouger, respirer » (l. 299-301, p. 248).

Le spectacle leur fait prendre conscience que les épreuves qu’ils ont subies les ont transformés à jamais, les ont abimés, écartés de ceux qu’ils auraient dû ou pu être en naissant dans un autre pays.

4) Pourquoi la dernière ligne du roman fait-elle écho au prologue ? Quelle évolution donne-t-elle à lire ?

La dernière ligne fait écho au prologue car Saad Saad résout la question de son identité. Dans le prologue, il hésite entre « Saad l’Espoir ou Saad le Triste » (l. 4-5, p. 8) tandis qu’à la fin de son récit, il affirme que ce qui le définit véritablement, c’est l’espoir : « ce nom qui était le mien et qui me définissait, [...] Espoir » (l. 121, p. 257).

Cette fin optimiste a pour effet d’ouvrir le roman sur un avenir possible et heureux pour Saad Saad (les retrouvailles avec Leila, le bonheur, une descendance ?) alors que le prologue, pessimiste, annonçait une vie de malheur sans issue : « Je serai le dernier des Saad. [...] Le dernier », (l. 61-2, p. 10).